Le Soutien-Gorge : un sous-vêtement, mille histoires
De l’émancipation du corset aux podiums de mode, le soutien-gorge n’a jamais cessé de faire parler de lui. Retour sur un objet intime devenu tour à tour symbole de libération, de séduction, de révolte et de revendication.
Une invention née de la libération du corps
L’histoire du soutien-gorge commence à la fin du XIXᵉ siècle, dans un contexte où le corset règne en maître sur le corps féminin depuis la Renaissance. Ce carcan rigide, qui « coinçait les seins et meurtrissait les tailles », commence alors à être vivement critiqué. C’est dans ce climat que la Française Herminie Cadolle, corsetière et ancienne communarde, présente en 1889 à l’Exposition universelle de Paris un corset en deux parties. La partie supérieure, destinée à soutenir la poitrine, constitue le tout premier prototype de soutien-gorge. En 1898, elle dépose le brevet du premier soutien-gorge moderne, qu’elle nomme « corselet-gorge ».
Quelques années plus tard, en 1913, l’Américaine Mary Phelps Jacob apporte une innovation décisive en séparant les deux seins. Le soutien-gorge tel qu’on le connaît aujourd’hui — avec ses bretelles, ses bonnets et ses armatures — n’apparaît véritablement que dans les années 1930. La société Warner développe alors un tissu extensible et des bonnets plus précis, tandis que Playtex invente, dans les années 60, le « cÅ“ur croisé » qui supprime enfin l’armature métallique.
Un objet de tous les combats
Le soutien-gorge est bien plus qu’un simple accessoire de lingerie : c’est un objet social et politique qui accompagne et raconte les mouvements de la société. Dans les années 1920, il aplatit les formes au service de la silhouette garçonne. Dans l’après-guerre, il devient un outil de séduction, incarné par les pin-up comme Marilyn Monroe. Puis, dans les années 1960-1970, il est jeté à la poubelle par les féministes de la seconde vague, qui en font un symbole de lutte contre les standards imposés. Contrairement à la légende, les féministes ne l’ont finalement jamais brûlé lors d’une action collective, mais le geste symbolique a marqué les esprits.
Aujourd’hui, le soutien-gorge se réinvente à l’aune du body positivisme, de l’inclusion de toutes les formes de corps et des réflexions nées du mouvement #MeToo.
Panorama des types de soutien-gorge
Il existe une multitude de modèles, chacun répondant à des besoins spécifiques de morphologie, de confort ou d’usage.
| Type | Caractéristiques principales | Idéal pour |
|---|---|---|
| Avec armatures | Soutient et galbe la poitrine grâce à des baleines intégrées | La plupart des morphologies ; maintien optimal |
| Sans armatures | Confort et légèreté, maintien doux | Petites et moyennes poitrines, port quotidien |
| Push-up | Rembourrage dans le bas du bonnet, rehausse la poitrine | Petites poitrines souhaitant gagner du volume |
| Balconnet | Ligne de décolleté horizontale, bretelles fixées sur les côtés | Décolletés plongeants |
| Minimiseur | Répartit le volume pour affiner la silhouette | Poitrines généreuses |
| Multipositions | Bretelles amovibles (dos nu, croisé, sans bretelles) | S’adapter à chaque tenue |
| Sport | Maintien renforcé, matières respirantes à séchage rapide | Activité physique |
Les modèles à balconnets et push-up sont particulièrement recommandés pour les petites poitrines, tandis que les formes corbeille ou emboîtante avec armatures offrent un maintien optimal aux poitrines généreuses. Le soutien-gorge minimiseur, quant à lui, réduit visiblement la poitrine et soulage le dos sans comprimer. Pour le sport, une brassière est conseillée pour éviter l’étirement des ligaments qui soutiennent la poitrine.
Bien choisir : la clé du confort
Choisir son soutien-gorge repose sur deux mesures essentielles : le tour de buste (de 75 à plus de 110) et la taille du bonnet (de A à E). Le tour de dos correspond généralement au chiffre du soutien-gorge, arrondi à la hausse pour plus de confort. Pour déterminer le bonnet, il suffit de soustraire la mesure du tour de buste à celle du tour de poitrine.
Quelques repères pratiques :
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Mesurez-vous devant un miroir, en position debout, avec un mètre ruban bien horizontal.
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Renouvelez vos mesures tous les 6 Ã 12 mois, notamment en cas de variation de poids.
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Essayez toujours plusieurs modèles : la taille peut varier d’une marque à l’autre.
Un soutien-gorge bien ajusté est important pour le confort, la santé et les performances physiques. À l’inverse, un modèle mal adapté peut causer des irritations cutanées, une mauvaise posture, voire des douleurs cervicales.
Porter ou ne pas porter : ce que dit la science
La question du « no bra » — ne pas porter de soutien-gorge — a pris de l’ampleur, notamment pendant les confinements. La France est d’ailleurs le pays européen où l’on compte le plus de femmes qui n’en portent pas.
Contrairement aux idées reçues, des études montrent que le soutien-gorge n’empêcherait pas l’affaissement des seins, et pourrait même l’augmenter. Une étude française du professeur Jean-Denis Rouillon, spécialiste de médecine du sport, confirme cette hypothèse : « le soutien-gorge est un faux besoin ». Les seins ne contiennent aucun muscle mais sont soutenus par les ligaments de Cooper ; ne pas porter de soutien-gorge pourrait renforcer les tissus naturels de maintien.
Cela ne signifie pas pour autant qu’il faille bannir le soutien-gorge. Pour les activités sportives avec chocs, une brassière reste recommandée. Et pour les femmes à forte poitrine, un soutien-gorge bien ajusté peut améliorer le confort au quotidien et réduire les douleurs dorsales.
Le soutien-gorge, nouvelle icône de mode
Longtemps dissimulé, le soutien-gorge s’affiche désormais au grand jour. La bretelle visible est devenue un détail revendiqué, des podiums à la rue. Lors de la Fashion Week automne-hiver 2025, Miu Miu faisait dépasser les bretelles des silhouettes, tandis que Marine Serre jouait sur la transparence.
Le bullet bra — cette forme rétro en « obus » popularisée par Marilyn Monroe — connaît lui aussi une renaissance, réinterprété par Miuccia Prada. Chez Balenciaga, le soutien-gorge en dentelle se marie à une jupe crayon pour un twist ultra sexy ; chez Chanel, il se porte sous un blazer structuré. « La bretelle ne renvoie plus directement à la lingerie en tant que telle, mais s’inscrit désormais dans le registre de la mode et du prêt-à -porter », analyse Thomas Zylberman, tendanceur chez Carlin.
Un marché mondial en pleine croissance
Le soutien-gorge est un pilier économique du secteur de la lingerie. Le marché mondial était estimé à environ 25,18 milliards USD en 2024 et devait atteindre 27,38 milliards USD en 2025. En France, les soutiens-gorge, bustiers et brassières concentrent 57 % des dépenses des consommatrices, soit plus de la moitié de la valeur du marché de la lingerie féminine.
La tendance est aux bonnets profonds et aux silhouettes à forte poitrine, portée par des marques comme Chantelle, DIM et Wacoal. Les femmes sont également prêtes à investir davantage : « elles sont capables d’acheter plus cher qu’il y a quelques années et le soutien-gorge est une pièce à laquelle elles souhaitent apporter du sens », observe Vanessa Causse, experte lingerie.
L’écoresponsabilité gagne du terrain, avec des modèles en nylon recyclé ECONYL®, en coton biologique ou en polyamide recyclé. Le marché du soutien-gorge de sport, porté par l’essor de l’athleisure, affiche une croissance annuelle de 14,3 %.
Conclusion
Du corset brisé par Herminie Cadolle aux podiums de Miu Miu, le soutien-gorge a traversé plus d’un siècle d’histoire sans jamais perdre sa capacité à susciter le débat. Objet de libération pour les unes, symbole d’oppression pour les autres, accessoire de séduction ou simple pièce de confort, il demeure un miroir des mutations de la société. Aujourd’hui, entre body positivisme, tendances mode et préoccupations écologiques, le soutien-gorge n’a pas fini de se réinventer — et de faire parler de lui.















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